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Righteous Kill (je ne peux pas utiliser l'intolérable titre français), enquête sur un
serial-killer-de-méchants réalisé par Jon Avnet et écrit par Russel Gewirtz (Inside Man), raconte l'histoire de deux vieux inspecteurs pas usés, Turk (Robert De Niro) et Rooster (Al Pacino), qui cherchent à coincer un tueur tendance poète qui ne flingue que des délinquants récidivistes (dealers, voleurs, violeurs, et dealers).
Le film est ponctué d'une confession en vidéo noir et blanc de l'inspecteur Turk, sur fond d'interrogatoire par les affaires internes. Turk y semble vide, usé, déprimé mais déterminé à
avouer.
D'abord on nous présente les deux inspecteurs Turk et Rooster, via une séquence d'entrainement au tir, où ils ont l'air super-complices, super-forts, super-précis, super-joyeux, mais surtout où
De Niro et Pacino sont super-ensemble sur un seul et même plan. Ce n'était arrivé que fugacement vers la fin de Heat, et là, dès le départ on comprend qu'on ne nous a pas menti : ces
deux monstres sacrés font enfin vraiment un film à deux, ils forment un équipe, et rien que pour ça on est content d'être au cinéma.
Malheureusement les personnages sont présentés uniquement via cette scène. Plus tard on apprend que Turk entretient une relation chaude, où les rapports sexuels sont à la limite du sado maso,
avec le lieutenant Karen Corelli (Carla Gugino, qui joue un personnage insipide et ne peut donc qu'être
insipide). On apprend que Rooster est très bon aux échecs. Et on apprend qu'ils ont du franchir la ligne, exceptionnellement, pour coincer un tueur en ajoutant de fausses preuves.
Vient le premier cadavre, un dealer (il me semble), troué de balles venant visiblement d'un dieu de la gachette. Il est accompagné d'un court poème, d'assez mauvais gout. L'enquête piétine, aucun
indice. Puis arrivent d'autres cadavres, d'autres poèmes, d'autres délinquants morts. Une équipe de jeunes (John Leguizamo et Donnie Wahlberg -frère de Mark-)
s'associe à nos deux inspecteurs, ils accusent alors naturellement Turk, apparamment plus rustre et sanguin qu'il ne devrait.
Ce film vaut surtout le coup pour son couple d'acteurs-vedettes, Pacino et De Niro. On l'a attendu. On en a rêvé. Enfin on le voit ce duo, et il crève l'écran. lls ont bien sûr vieilli, mais ils
ne jouent pas les super-flics qui courent et sautent partout mais des flics expérimentés qui ont tout vu mais veulent continuer, juste parce qu'ils ne savent rien faire d'autre. Les autres
acteurs - à part peut-être Donnie Wahlberg - sont transparents, comme écrasés par ces deux géants.
Le gros défaut de ce film est sa réalisation. On ne nous épargne aucun cliché. Par exemple, la scène d'intro superpose des plans où, sourire aux lèvres, De Niro et Pacino dégomment des cibles
avec toutes sortes d'armes imaginables. Les scènes d'actions sont comme baignées dans un faux rythme : on veut que ce soit rapide (c'est de l'action), mais on n'ose pas y aller à fond parce que
ça ne colle pas à l'ambiance, ni aux personnages. Jon Avnet n'a pas su choisir entre film d'action rythmé et film noir posé, on en a un peu des deux et la sauce prend mal.
Les personnages ne sont pas suffisamment fouillés. Les personnages secondaires sont complètement inconsistants, sans passif, sans poids.
Malgré ces quelques défauts on se prend au jeu, surtout grace aux deux acteurs principaux. On mène l'enquête, on se laisse un peu avoir par moment. Le final, bien qu'attendu, tient la route et
fait son petit effet.
En bref, un polar agréable qui ne laissera sans doute pas un souvenir impérissable malgré le couple Pacino-De Niro tant attendu. Le genre de film qu'on prend plaisir à regarder sur TF1 un dimanche soir, mais qui ne laisse pas de traces le long de la semaine.
Vicky Cristina Barcelona baigne dans une magnifique musique flamenco-jazz-folk qui est pour beaucoup dans l'ambiance particulière du film. Après la critique, je vous fais partager quelques morceaux qui collent à l'atmosphère du film.
Entre dos Aguas, de Paco de Lucia, seul morceau de cette playlist à être présent dans la bande originale du film.
Juan Loco, de Rodrigo y Gabriela, parce que Rodrigo y Gabriela sont des sur-virtuoses de la guitare que j'ai découvert l'année dernière, et pour le clin d'œil au personnage joué par
Javier Bardem.
Passion, Grace & Fire, de Al DiMeola, parce qu'il est aussi un dieu de la guitare jazz, parce que ses albums Elegant Gipsy (1977) et Casino (1978) sont
splendides, et parce que le titre de ce morceau résume assez bien le film.
Et enfin Libertango, de Tomatito, sans doute morceau le plus connu de Tomatito (parce que seul morceau de lui que je connaissais, sans savoir qu'il était de lui), parce qu'il conclut
bien cette playlist.
Vicky Cristina Barcelona, triangle amoureux de quatre personnes réalisé et écrit par Woody Allen, raconte l'histoire de deux jeunes américaines, Vicky la brune (Rebecca Hall, une découverte tout en douceur et finesse) et de Cristina la blonde (Scarlett Johansson), qui passent l'été à Barcelone et
se font charmer par le très viril peintre Juan Antonio (Javier Bardem, excellent) et son ex-femme
Maria Elena (Penélope Cruz, sanguine espagnole).
Tout au long du film l'histoire est portée par un narrateur extérieur qui commente et éclaire, avec un ton et un humour à la Woody Allen, tout ce qui se déroule sous nos yeux. Loin d'alourdir
le film, cette voix off apporte une touche de vérité, d'autenticité, de réel.
Vicky et Cristina sont les deux meilleures amies du monde. Vicky doit aller à Barcelone pour avancer dans sa thèse sur l'identité catalane. Cristina, qui vient
de passer six mois sur un film de douze minutes qu'elle a détesté, décide de la suivre pour se ressourcer et se rencentrer. Vicky est fiancée à Doug (Chris Messina), un homme stable et droit. Cristina sort de multiples histoires compliquées, elle ne sait pas
ce qu'elle veut mais est sûre de ce qu'elle ne veut pas. Toutes deux sont hébergées par Judy et Mark Nash (Patricia Clarkson et Kevin Dunn), un couple apparamment
parfait.
Au cours de leurs pérégrinations dans les galeries d'art elles rencontrent Juan Antonio, représentation parfaite de l'artiste créatif, original et libéré. Il sort d'un divorce compliquée, son
ex-femme a essayé de le tuer. Cristina tombe immédiatement sous le charme. Au cours d'un dîner il leur propose de partir à Oviedo pour passer un week-end agréable à boire du bon vin, faire l'amour et visiter la ville.
Le week-end est plaisant mais Cristina tombe malade. Vicky se retrouve seule avec lui. Il parle beaucoup de son
ex-femme, elle rencontre son père et tombe peu à peu sous le charme. Le vin aidant, ils passent à l'acte.
Un peu de temps passe, et c'est Cristina qui part vivre chez Juan Antonio. Vicky ne veut pas quitter son fiancé. Maria Elena tente de se suicider et se retrouve chez son ex-mari. Doug arrive à
Barcelone pour se marier en avance. Cristina, artiste en éveil, Maria Elena, artiste explosive, et Juan Antonio, artiste confirmé, s'épanouissent dans un couple à trois.
La première chose qui m'a marquée est la musique du générique, Barcelona de Giulia y los Tellarini (dont je n'avais jamais entendu parler), dont je suis tombé amoureux. C'est
bondissant, joyeux, porté par une voix qui me touche.
Les acteurs sont tous meilleurs les uns que les autres. Même les petits rôles ne sont pas mauvais. Rebecca Hall est une magnifique découverte, tout en douceur et en retenu elle nous fait
comprendre en un regard toute l'évolution des sentiments de Vicky. Javier Bardem est tour à tour coquin, charmeur, touchant, ému, amoureux, émoustillé, touché, anxieux, énervé, enragé, froid,
sincère, manipulateur. Il nous montre une palette incroyable d'émotions dans ce film, à mille lieu du fameux Anton
Chigurh. Penélope Cruz et Scarlett Johansson sont aux antipodes l'une de l'autre : beauté survoltée contre beauté feutrée. Il suffit que l'une d'elles soit à l'écran pour qu'il s'emplisse
de buées de sensualité, et quand elles sont toutes les deux dans le même plan le cinéma devient un sauna chauffé par de l'érotisme en barre.
Je ne saurais pas commenter la réalisation correctement mais j'ai eu l'impression que la caméra sublimait les personnages. Elle les caressait en douceur, se posant délicatement dans les moments
d'intimité, filmant tout en pudeur leurs sentiments. Elle les malmenait, les brusquait, lorsque leurs émotions se dévoilaient enfin par des mots. Elle se faisait discrète, presque honteuse de
filmer, lors des scènes sexuelles.
Les dialogues sont toujours marqués par une recherche du bon mot et du mot juste. Ils sont fins, intelligents. Une pointe d'humour un peu noir s'y cache souvent. J'imagine que je dis-là des
platitudes puisque c'est un film de Woody Allen.
En bref, c'est un film émouvant et réel. Une réalité fantasmée, intellectualisée, magique et sensuelle. Des émotions que seul le cinéma peut créer.